05/04/2025 15:04
L'industrie horlogère suisse craint de payer cher les droits de douane de Donald Trump

Travail de précision sur le stand de l'horloger suisse IWC, filiale du groupe Richemont, lors du salon de l'horlogerie de luxe à Genève, le 1er avril 2025
Durant sa campagne électorale, le président américain Donald Trump avait mis en vente des montres à 100.000 dollars fabriquées en Suisse. L'horlogerie est pourtant le secteur du pays alpin qui risque d'être le plus touché par ses droits de douane punitifs.
Le décret de la Maison Blanche est tombé en plein salon horloger à Genève, où les grandes marques comme Rolex, Patek Philippe, Cartier, Bulgari ou Tag Heuer présentent cette semaine leurs nouveautés, portant un sérieux coup au moral de ce secteur qui dépend fortement des Etats-Unis pour sa croissance.
Au vu de son excédent commercial avec les Etats-Unis, la Suisse s'est vu imposer des droits de douane de 31% (contre 20% pour l'Union européenne), difficiles à absorber même pour des fabricants de montres de luxe.
Les Etats-Unis sont le plus gros marché des horlogers suisses qui a absorbé 16,8% de leurs exportations en 2024. Les exportations de montres suisses s'y chiffraient à 4,37 milliards de francs suisses (4,65 milliards d'euros), en hausse de 5% sur un an, aidant à atténuer la forte chute de la demande en Chine.
Ces droits de douane sont "nuisibles et injustifiés", a réagi Yves Bugmann, le président de la fédération horlogère auprès de l'AFP, qui demande au Conseil fédéral (gouvernement) d'expliquer "rapidement le point de vue de l'économie" suisse à ses homologues américains.
Jeudi, la présidente de la Confédération et le ministre de l'Economie ont dit vouloir se rendre "très prochainement" aux Etats-Unis pour tenter de convaincre l'administration de Donald Trump que ces mesures douanières sont "contreproductives pour chacun".
Pour l'instant, la Suisse a choisi de ne pas répliquer aux droits de douane pour ne pas faire monter la tension avec Washington.
- Fabriqué en Suisse -
L'horlogerie, un secteur emblématique de la Suisse qui emploie 65.000 personnes dans le pays, est potentiellement un des plus affectés.
Les produits pharmaceutiques, son premier secteur d'exportation, font partie de ceux qui en sont exemptés. Les équipements industriels, un autre pan important de l'économie helvétique, sont beaucoup plus touchés, mais beaucoup de grandes entreprises du secteur disposent d'usines aux Etats-Unis.

Des visiteurs au salon de l'horlogerie de luxe à Genève, le 1er avril 2025 en Suisse
L'horlogerie - pour qui le label "Swiss Made" (fabriqué en Suisse) est le principal argument de vente - produit par contre ses montres sur son propre sol.
Et pour compenser ces droits de douane "clairement plus élevés qu'attendu", les prix vont devoir augmenter d'environ "11% à 13%", selon les analystes de la Banque cantonale de Zurich, qui doutent qu'ils puissent être répercutés intégralement, au détriment des marges.
L'ampleur des droits de douane "a pris tout le monde par surprise", a indiqué Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux à l'AFP, qui s'attend lui aussi à des répercussions sur la rentabilité.
- Ambiance maussade -
D'après lui, le segment haut de gamme sera en meilleure posture pour augmenter ses prix et les consommateurs les plus fortunés auront peut-être davantage tendance à faire leur achats lors de voyages à l'étranger, sans néanmoins que cela suffise pour compenser l'affaiblissement qui va en résulter.

Les nouvelles taxes douanières des États-Unis
Les grandes marques se réunissent chaque année à Genève au luxueux salon appelé Watches & Wonders.
Mais la ville entière vibre au rythme de l'horlogerie à grand renfort de fêtes et expositions, les petites marques organisant également des événements pour profiter de la venue des collectionneurs et détaillants.
Mais cette fois, "l'ambiance est plutôt maussade", constate Jon Cox, qui s'attend cependant à ce que le gouvernement cherche à négocier une réduction des droits de douane.
"Il est évident qu'il va y avoir un impact mais nous restons optimistes", a déclaré à l'AFP Edouard Meylan, le patron de la marque de luxe H. Moser, car "beaucoup pensent que cette mesure sera temporaire".
Durant sa campagne électorale, Donald Trump avait mis en vente 147 exemplaires d'une montre en or et diamants. Selon un reportage du quotidien suisse Le Temps, la commande avait été passée auprès d'un horloger indépendant suisse, approché en toute discrétion par l'intermédiaire d'un fabricant de montres en marque blanche durant cette semaine horlogère à Genève à la même période l'an passé.
© 2025 AFP-Zurich (AFP)